Confluences 2016: l'aventure du District Ouest

Confluences 2016: l'aventure du District Ouest

Matthieu était présent à la première édition de Confluences, le samedi 30 avril, un événement organisé par Luc Royer de la compagnie Chilkoot. Il vous livre ici le récit du District Ouest, partit à l'aube de Clermont-Ferrand en direction de Lyon.

Le rendez-vous était donné à 6h00 devant la statue de Vercingétorix, place de Jaude, à Clermont-Ferrand. Une heure où la la plupart des gens que nous croisions rentraient de soirée. Leurs regards éméchés était à la fois interloqués et moqueurs: qui étaient donc ces cyclistes réunis aussi tôt un samedi matin sur la place principale de la capitale Arverne?

Confluences est né de l'imagination de Luc Royer, à la base de Chilkoot - La compagnie des pionniers. L'idée était simple, rejoindre le musée des Confluences, à Lyon, depuis les quatre points cardinaux, après un ride de 200 km. C'est ainsi que quatre districts furent créés, au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, avec des départs respectivement depuis Dijon, Orange, Genève et donc Clermont-Ferrand. La seule exigence était que chaque participant amène avec lui une bière locale pour la partager avec un cycliste d'un autre district. Comme si cela ne suffisait pas, l'événement est à la base destiné aux pignons fixes. Pas sectaires pour autant, il était possible de s'aligner avec un dérailleur.

Ce samedi 30 avril, nous étions 6 représentants du district Ouest à vouloir rejoindre la capitale des Gaules. Louis et son père Gilles, arrivés tous deux en cuissards courts malgré la fraîcheur matinale, Luc, qui avait déjà fait un premier 200 la veille en rejoignant Clermont depuis Sancerre, Jean-Marc, alias Imassu,  au guidon de son plongeant Vitus avec roue de 650 à l'avant et de 700 à l'arrière, sans roue libre ni vitesse. Alain, rédacteur du magazine 200 et chef d'orchestre du jour, l'accompagnait sur son fixe Specialized, Je complétais l'équipe avec mon Versus, pour représenter l'écurie Victoire  La liste initiale des partants était plus fournie, mais les prévisions météo peu favorables en ont sans doute découragé certains…

C'est pourtant le soleil qui se lève face à nous, alors que nous nous élançons vers l'Est peut avant 6h30. Malgré la température proche de zéro, nous filons bon train à travers la plaine de la Limagne, en direction des montagnes du Forez. Nous avons le droit en prime aux magnifiques couleurs de l'aube qui illuminent la chaîne des Puys. 

À 8h00, nous arrivons à Puy-Guillaume, au pied des premiers reliefs. C'est le moment parfait pour s'arrêter boire un café. À l'intérieur, les anciens du coin sont déjà en place, le journal local sous les yeux. Les dames boivent un chocolat chaud tandis que les hommes sont au café, voir plus fort pour certains. Tandis que Luc et Gilles nous offrent des viennoiseries, je m'imprègne de cette ambiance matinale, sans savoir que ces troquets de village rythmeront notre journée et ses aventures.

En ressortant, le soleil a déjà disparu. À peine sommes-nous reparti que les premières gouttes commencent à tomber, éparses. Nous arrivons au magnifique village de Chateldon, où est située la source de l'eau minérale du même nom. C'est ici que commence la première montée de 8 km jusqu'à Lachaux. Cela marque aussi notre entrée dans le Forez. Nous ne savionsalors  pas que nous entrions à ce moment là dans le Mordor du jour.

La magnifique route s'élève au milieu de la forêt. J'avais envie de découvrir cet endroit, situé à peine à 50 km de Clermont, depuis quelques temps déjà. Je ne suis pas déçu. La pluie elle s'accentue doucement mais sûrement, aussi régulièrement que le tempo de la montée. Arrivés à Lachaux, nous rebasculons au pied de la seconde difficulté du jour, elle aussi de 8 km, le col de Beaulouis.

La pluie qui se faisait oubliée à la montée, avait pourtant bien mouillée la route. Suffisamment en tout cas pour arriver trempés en bas. Elle avait également fait ruisseler des amas de graviers piégeurs en sortie de virage. Je pense à Jean-Marc et Alain, tous deux dépourvus de roue libre. La descente ne doit pas être une partie de plaisir.

Au moment d'attaquer le col de Beaulouis, le Garmin n'affiche que 70 km. La journée s'annonce longue. D'autant plus que la pluie redouble d'intensité. Nous continuons notre chevauchée vers l'Est, sans trop réfléchir, espérant une accalmie. Luc et Alain sont légèrement décrochés. Nous ne pouvons pas nous arrêter dans ces conditions sous peine de ne jamais repartir. Ils nous rejoindront au sommet du col. Après une courte pause pour reprendre des forces, nous poursuivons vers St Just en Chevalet, le premier "gros" village depuis notre entrée dans cette contrée hostile. La descente est rude, je lutte pour tenir mon guidon et voir la route sous cette douche qui m'arrose de tous les côtés. L'eau s'infiltre par dessus les sur-chaussures, je patauge. Mes gants sont complètement détrempés, je sors l'équivalent d'un verre d'eau rien qu'en serrant le poing. Malgré les 4 couches que j'ai sur le corps et la veste de pluie, je suis trempé.

Je fais cependant parmi des mieux lotis! Gilles et Louis sont un peu partis la fleur au fusil, en cuissard court et sans veste de pluie. Les prévisions météos? Ils se sont basés sur le soleil de la veille. C'était sans doute une bonne chose au fond, d'ignorer ce qui pouvait nous attendre.

Arrivée à St Just. Nous avons tous la même idée en tête: trouver un endroit où se mettre au chaud. C'est le Capricorne qui nous accueillera, tels des naufragés. Ils n'ont pas l'air surpris. Et pour cause, ils ont l'habitude de faire office de checkpoint lors des brevets BRM. Ils en ont vu d'autres. Pourtant dans l'équipe c'est la débandade. Gilles et Jean-Marc sont dans un état d'hypothermie avancé, Louis, bien qu'essayant de faire meilleure figure, ne peut contenir ses grelottements. Luc, Alain et moi même ne sommes guère plus réchauffés. Boisson chaude pour tout le monde, que certains mettront plus de temps à avaler que d'autres. Jean-Marc a attendu 40 min avant de pouvoir se jeter son chocolat au fond du gosier sans en renverser de partout. Il a pourtant été élevé à la dure. Le plateau désertique du Cézaillier où il réside n'est pas réputé pour sa clémence. Tout le monde tente de se réchauffer comme il peut, collé au radiateur. Dehors le déluge continue, et le thermomètre indique 3 degrés. Quelques centaines de mètre plus haut, à la Loge des Gardes, c'est la neige qui tombe. Gilles dira: "j'en ai fait des conneries, mais là!". J'ai appris récemment que ce skieur émérite pouvait descendre certains couloirs du Sancy à près de 140km/h. Il sait donc de quoi il parle.

Les minutes passent, personne ne parle. Nous sommes perdus dans nos pensées, tentant d'aller puiser des forces au plus profond de nous-même. L'objectif paraît extrêmement loin. Il est 11:30, nous n'avons fait que 90 km et la pluie ne faiblit pas. Le bulletin météo de BFM qui s'affiche face à nous ne nous donnera pas plus de courage. Perdus au milieu du Forez, le plan B commence à être envisagé. "Où est la gare la plus proche?" "On passe par Saint-Etienne?"

Heureusement nos hôtes nous soignent, pâtes et bifteck nous sortent de nos pensées noires. Entre temps, Louis a eu la brillante idée d'acheter une veste de pluie de pêcheur au Gamm Vert local. Son père lui a aussitôt emboîté le pas. L'instinct de survie sans doute.

Après plus d'1h30 passé au Capricorne, nous nous lançons. Il faut se remettre en selle. Malgré les boissons chaudes qui s'enchaînent, nous avons toujours froid. La température est glaciale, et la pluie tombe, tombe et tombe encore.

Nous nous accrochons autant que nous pouvons à nos guidons, serrant les dents en direction de St Germain Laval. Jean-Marc s'arrête brutalement au milieu de la descente. Que se passe-t-il? Ce bougre vient d'avoir une illumination! Dans son énorme paquetage se cache une doudoune! De leur côté, Gilles et Louis ont l'air content de leurs emplettes. Tous les trois ont repris du baume au cœur.

Et ils ont raison! A mesure que nous descendons, la température remonte et la pluie se calme. L'espoir renaît, et c'est avec plus de vigueur que nous nous élançons dans la plaine ligérienne. Le Pilat au loin est illuminé par le soleil, l'idée qu'il puisse venir nous réchauffer nous motive davantage.

Nous nous arrêtons une dernière fois dans un petit bistrot avant d'attaquer les contreforts des Monts du Lyonnais. Un bistrot typique de village où les habitués se retrouvent pour se raconter leurs histoires. Pendant que les plus jeunes reluquent nos vélos en fumant une clope, un autre nous raconte ses exploits: " À 160 dans la 106, je le voyais plus dans rétro!" 

Il nous reste encore une soixantaine de kilomètres avant de rejoindre le Musée des Confluences. Le dernier tronçon arpente les Monts du Lyonnais, avant de basculer vers Lyon. A l'inverse du Forez, c'est cette fois le soleil qui brille de plus en plus au fil de la montée. " Je ne pensais pas dire ça aujourd'hui, mais j'ai chaud!" peut–on entendre. Après avoir frôlé l'hypothermie le matin, nous retirons des épaisseurs. La dernière montée vers St Martin d'en Haut est superbe, empruntant une petite route délaissée des voitures.

Ceci contrastera avec la départementale 311 par laquelle nous plongerons vers la capitale des Gaules. Le trafic augmente. Les automobilistes se font de moins en moins respectueux. Nous nous rapprochons de la ville. La fatigue s'accentue aussi, au fur et à mesure que l'urbanisation se fait de plus en plus dense. Messimy, Chaponost, Oullins, et le voilà qui se dessine, au bout de  l'avenue. Nous avons atteint notre objectif. 

Au moment de rejoindre le parvis du Musée, nous croisons le groupe venu d'Orange. Ils repartent prendre le train du retour.
"Clermont? On pensait que vous n'arriveriez jamais!"
Eux étaient là depuis 16h, rejoins peu après par Dijon puis Genève. La pluie les aura rattrapés dans les 80 derniers kilomètres.

Nous n'avons pas oublié pour autant pourquoi nous étions venu jusqu'ici, nous les porteurs de bière de cette première édition de Confluences. Au moins, nos boissons au houblon sont restées au frais, c'est toujours plus agréable. Ce sont des sourires de satisfaction qui s'affichent au moment de partager un verre avec une partie des autres finishers du jour. Nous étions 24 au total

Ce fut une longue journée. Le genre de journée dont nous nous rappellerons longtemps, et dont nous reparlerons à coup sûr souvent. Le genre d'aventure où l'on passe par tous les états, de la galère qui nous fait envisager l'abandon à la joie d'avoir réussi, tous ensemble de surcroît. Nous sommes partis à six, nous arrivons à six. Nous sommes partis à 6h30, nous arrivons à 18h30. Je ne risque pas d'oublier mon premier 200.

Un grand merci à Luc pour l'organisation de cette première édition de Confluences, nous serons à coup sûr présents l'année prochaine!

 

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